Au cours du 19ème siècle, les conflits interculturels ne sont pas rares dans une Pologne assiégée par trois puissants empires : Russe, Prusse et Autrichien. C’est dans ce contexte que Ludwik Lejzer Zamenhof, médecin ophtalmologiste polonais, publie en 1887 l’ouvrage « Langue Internationale », où il présente l’espéranto, langue artificielle créée pour faciliter la communication entre différents groupes linguistiques.
La naissance de l’espéranto
Né en 1859 dans une famille polyglotte, Ludwik Lejzer Zamenhof est dès l’enfance sensible aux fréquents conflits entre Russes, Polonais, Allemands et Juifs dans sa ville natale, Białystock. Convaincu que les différends entre communautés sont le résultat d’une incapacité à communiquer, il décide d’inventer une langue susceptible de devenir une lingua franca qui permettrait de réconcilier les différentes ethnies. Il présente la première version de cette langue à ses camarades de classe à l’âge de 19 ans, mais il doit bientôt mettre le projet entre parenthèses pour continuer des études en médecine à Moscou. Son père, craignant que cette langue inventée de toute pièce ne soit prise pour un langage codé et attire des problèmes à son fils, fait promettre à Ludwik Zamenhof d’interrompre ses travaux le temps de son séjour à Moscou. Le fils tient la promesse, mais il n’oublie pas le projet et s’y remet dès sont retour à Varsovie, deux ans plus tard. Grâce à ces deux années d’études à Moscou, où il a été en contact avec des étudiants originaires des quatre coins de l’Empire Russe, le jeune polyglotte a pu observer et comparer de nombreuses langues, ce qui lui sert à améliorer son projet et à le rendre plus universel. C’est ainsi qu’il publie en 1887 sous le pseudonyme « Doktoro Esperanto » (Le Docteur qui espère) « Langue Internationale », un manuel d’apprentissage de cette langue construite appelée espéranto.
Un succès international
L’espéranto connait très rapidement un succès incontestable tant dans l’Empire russe qu’à l’extérieur de ses frontières. Dès le début des années 1900, des sociétés d’espéranto s’organisent sur différents continents. En 1905, alors qu’on dénombre 308 de ces sociétés, le premier congrès mondial d’Espéranto réunit des participants de 70 pays. Parmi les principales sources lexicales, on trouve le français, l’italien, l’allemand, l’anglais, le grec ancien, le russe et le polonais. Le nombre limité de racines lexicales et d’affixes contribuent à la facilité d’apprentissage de cette « langue internationale ».
Situation actuelle
Bien que l’espéranto ne soit la langue officielle d’aucun pays, on dénombre aujourd’hui environ trois millions de locuteurs selon les estimations les plus souvent citées (bien que ce nombre varie de 100 000 à 10 millions). Ainsi, l’espéranto, parlé sur les cinq continents, est la seule langue artificielle devenue langue vivante. À l’ère de la mondialisation et des nouvelles technologies, le besoin d’une langue commune à l’échelle internationale se fait de plus en plus sentir. N’étant la langue maternelle d’aucune communauté, s’acquérant de cinq à dix fois plus rapidement que n’importe quelle autre langue étrangère, l’espéranto se présente comme une option équitable pour tous.
En février 2013, une pétition a été lancée pour faire de l’espéranto la vingt-quatrième langue officielle de l’Union Européenne.
Principe de la langue
En tant que langue construite, l’Esperanto n’est généalogiquement rattachée à aucune famille de langues. Cependant, sa grammaire et l’essentiel de son vocabulaire portent à la rattacher aux langues indo-européennes. Ce groupe linguistique a constitué le répertoire de base à partir duquel Zamenhof a « composé » sa langue internationale.
Grammaire
L’alphabet et sa prononciation
Toutes les lettres se prononcent, mais en Esperanto, Q, W, X et Y n’existent pas. En revanche, les lettres C, G, H, J, S et U ont deux formes et deux prononciations différentes. Les prononciations s’effectuent comme en français, sauf pour certaines où elle est indiquée entre parenthèses :
A, B, C (ts, tsar), Ĉ (tch, tchèque), D, E (é), F, G (g, gag), Ĝ (dj, John), H (expiré), Ĥ (r, "ch" allemand ou "j" espagnol�), I, J (y, yoyo), Ĵ (je), K, L, M, N, O, P, R (légèrement roulé), S (s, son), Ŝ (ch, chèque), T, U (ou), Ŭ (w, oui), V, Z.
§ tous les noms se terminent par o
§ les adjectifs par a
§ les adverbes par e
§ les verbes à l’infinitif par i
§ les pluriels par j
§ les compléments par n
Un seul article en Esperanto : la (pour tous les noms ; masculins, féminins, singuliers, ou pluriels) :
§ la parolo = la parole
§ la paroloj = les paroles
Les pronoms personnels
§ mi (je)
§ vi (tu)
§ li (il)
§ ŝi (elle)
§ ĝi (il ou elle pour une chose)
§ oni (on)
§ ni (nous)
§ vi (vous)
§ ili (ils ou elles)
§ si (se, pronom réfléchi)
En ajoutant un "a" aux pronoms personnels, on forme les adjectifs possessifs :
§ mia, via, lia... = mon, ton, son...
§ la mia... = le mien/la mienne...
Conjugaisons
Même terminaison à toutes les personnes de chaque temps :
§ +as = présent
§ +is = passé (imparfait ou passé simple)
§ +os = futur
§ +us = fictif (conditionnel/imparfait du conditionnel)
§ +u = volitif (impératif ou subjonctif pour le désir)
§ +i = infinitif
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